Critiques

J’ai rencontré Esther Moussokoro Coulibaly la première fois à une dédicace groupée organisée par les Editions Balafons à l’hôtel Manathan en 2012. C’était le lendemain de mon arrivée dans mon pays après  un long séjour à l’étranger qui m’a donné la nostalgie maladive d’être relié au cordon ombilical de ma terre d’Eburnie. Ces auteurs étaient : Josué Guebo (Président des écrivains Ivoiriens), Wêrê Wêrê Liking, Sylvestre Ourega, Liazéré et Esther Moussokoro Coulibaly elle-même. La chaleur de la convivialité a parfumé ma journée de gaieté. C’était aussi la première fois de rencontrer physiquement ce jeune Président des écrivains, poète au regard perdu avec qui j’avais échangé sur les réseaux sociaux.
Esther Moussokoro Coulibaly était remarquable par sa beauté et son teint orfèvre qui contrastait avec sa somptueuse robe de couleur noir, qui ne témoignait pas ce jour d’une résurrection.
A sa perception, ma muse est sortie de sa léthargie, et s’est écriée : Sublime madone qui délie le verbe laudatif des poètes !
La présentation de son livre ce jour de dédicace groupée, a suscité de vifs débats sur la hiérarchisation des religions. Débat qui a été vite interrompu par le maître de cérémonie.
Je l’ai invité le samedi 6 juin 2014 à mon émission « Bien être littéraire » sur la 94.0 fm tout en conviant pour le débat les auteurs : Samuel Degni (écrivain de religion chrétienne très extrémiste), Abou Diarra (écrivain de réligion musulmane modéré) et Roi Fort Malick, fidèle auditeur et slameur (de religion musulmane très radical). La santé fragile d’Esther Moussokoro Coulibaly ne lui a pas permis d’être présente et certains auditeurs l’ont interprété comme une fuite en avant.
Esther Moussokoro Coulibaly est titulaire d’un CAPES et inspectrice de l’enseignement technique et professionnelle. Elle est aussi consultante experte en communication.
« Le vent de la résurrection » est sa première œuvre éditée par les Editions Balafons. Il s’agit d’un témoignage chrétien qui semble être une auto biographie de l’auteure dont la lecture et le style d’écriture se caractérisent par un récit ponctué de versets bibliques et quelque fois des Sourates illustratifs. Il nous plonge dans une sorte de méditation d’un chemin de croix (récit), avec des stations (verstes Bibliques ou Sourates) sur la vie du personnage principal (Samira) dans les mystères joyeux, douloureux, glorieux et lumineux de son parcours terrestre.
 Samira est née dans une famille musulmane. Elle a épousée Salif qui est aussi musulman. Les épreuves de la vie la contraignent à choisir la religion chrétienne où elle semble avoir trouvé « Dieu », la « vérité », la « solution », à ses problèmes qui faisaient de sa vie un enfer.
Sa « conversion » provoque bien evidemment une hostilité dans sa belle famille comme dans sa famille biologique. Sa nouvelle « famille chrétienne » auprès de laquelle elle trouva réconfort, lui fit ressentir par la suite trahison et déception,  mais sa foi en son « Jésus » lui permis de transcender tout obstacle.
Esther décrit tout au long de son récit plusieurs faits dont : la méchanceté, l’intolérance religieuse, la superstition, les pièges du zèle religieux, l’exhibitionnisme religieux, le fondamentalisme…
Après la lecture de son livre je me suis posé cette question fondamentale : Quel est l’intérêt du choix religieux dans une société ? Certains dans le feu de la pratique ne se sont jamais posé la question et cela les laisse sans réponse convaincante devant la question, ou répondront qu’il s’agit une tradition familiale à laquelle ils ne sauront se soustraire. Une réponse objective à cette question permettra à tout adepte d’une religion d’avoir la conscience de contribuer au développement moral, éthique de la société.
Au-delà des objectifs métaphysiques d’un « paradis » plusieurs adeptes de religions comme l’écrivain Samuel Degni  pensent que, l’essentiel est la sociabilité de l’homme,  la culture et la pratique des valeurs morales : Telles sont les finalités de la pratique religieuse. Bien au contraire, ma modeste observation sociale voit plus de tartuferie et « d’exhibitionnisme religieux » qu’une sincérité dans la pratique de sa foi. Cela permet de réaliser que le plus souvent ceux qui ne font aucun choix religieux sont plus sociables que les adeptes de religions.
 Si les Livres Saints sont une boussole et des repères moraux, tout comportement religieux contraire à cette logique s’inscrit dans un fondamentalisme infructueux et une idéologie aussi vaine qu’un miroir pour un non voyant.
Des faits nous permettent de faire la remarque selon laquelle dans plusieurs pays qui ont vécu la guerre comme la nôtre et récemment en Centrafrique, certains guides religieux ont mêlé Dieu à la guerre, ont justifié leurs inepties par les écritures Saintes. Ils se sont égosillé à convaincre leurs ouailles de les suivre dans leurs voies en blâmant ceux qui usaient de « raison » et qui s’opposaient à leur volonté car pour eux la « foi » et la « raison » sont incompatibles selon Dieu. Leur désobéir c’est désobéir  à Dieu : une insubordination qui a pour conséquence un châtiment infernal. C’est ainsi qu’on réussit à manipuler les consciences par le chantage de présenter Dieu comme un épouvantail qui fait plus cas de châtiment du feu de l’enfer. La conséquence est que quantité de brebis pour ne pas dire « moutons » suivent leur « berger » dans ce sens gauche avec un comportement fondamentaliste qui caractérise cet animal qui illustre bien cette image, tout en faisant « dogmatiquement » moins usage de leur « raison ».
Ce qui est sidérant, c’est leur arrogance de détenir « la vérité » avec un zêle de vouloir « convertir » et « diaboliser » ceux qui ne partagent pas la même logique que la leur. Aussi, il y a la promptitude dans la condamnation d’autrui, le non respect de la liberté des autres par l’investiture des espaces publiques. Citons aussi le bruit qui les particularise avec des prières et sermons assourdissants les classant dans la même enseigne que les maquis, bars et boîtes de nuits tonitruants indifférents au respect du repos mérité d’un travailleur après son labeur dans la quête de son pain quotidien.  Cela me rappelle une citation de Nietzsche qui disait que « la croyance forte n’exprime que la force et non la vérité de ce que l’on croit ».
Quelque soient les raisons d’une « conversion », ma modeste interprétation est que tout changement de religion est « un doute qui va chercher la vérité ailleurs ». Par son personnage Samira, l’auteure justifie que « la Vérité » elle l’a trouvé dans le Christianisme.  En somme, l’auteure témoigne sur son expérience avec « Jésus » et invite tout le monde à faire comme elle.
Par contre, la peinture que fait Esther de la religion musulmane semble être maladroite car la lecture de son œuvre donne l’impression de l’identification de l’islam aux pratiques non vertueuses (maraboutage), même si ce n’est l’intention de l’auteure.
L’avis de certains musulmans comme les invités « Roi fort Malick » et « Abou Diarra » est que Samira avait une connaissance superficielle de l’Islam sinon elle trouverait « Le vent de la résurrection » dans l’Islam.

 

Yahn AKA