Critiques

Petite chronique de l’œuvre ZONE 4 de Eric Bohème.
L’évocation du titre de l’œuvre donne de nombreuses interrogations : qu’il y a-t-il en zone 4 ? de quoi parle l’auteur ? qui est l’auteur ? Zone 4 comme quartier chic d’Abidjan ? Zone 4 comme la rue princesse ? …
Sur la première de couverture, nous essaierons de décrire l’illustration qui accompagne le titre de l’œuvre : un bar plongé dans la nuit, perceptible par les lumières, et sur le côté droit, une jeune fille noire sensuelle, qui laisse entrevoir sa poitrine aguichante et son croustillant corps lascif.
Je n’avais pas d’informations approfondies sur l’auteur. Je ne l’avais pas encore lu. Je ne l’avais rencontré que sur les réseaux sociaux 2 mois plus tôt et nous avons eu pas plus de 10 échanges téléphoniques. Nos échanges portaient sur son invitation à l’émission Bien-être littéraire. Le dynamisme de sa maison d’édition « Frat mat édition » et la sympathie de l’assistante éditoriale Mlle Flora Konan ont facilité la préparation de son interview. Nous nous sommes donnés RDV le samedi 26 avril dans un café de « la zone 4 ». Nous avons discuté longuement dans une atmosphère conviviale et décontractée, comme des copains de longues dates. J’ai pu découvrir la sympathie de ce « toubab tropicalisé »qui savait communiquer la bonne humeur. Le lendemain dimanche 27 Avril 2014, il était mon invité à l’émission « Bien-être littéraire » sur la 94.0 fm. Avec Yannick Garcia et l’écrivain poète Soilé Cheick Amidou, nous avons échangé sur son œuvre de 14h30 à 16h : un débat passionnant.
 Eric Bohème vit entre la France et la Côte d’Ivoire depuis les années 2000. Témoin des différentes crises qui secouent le pays, le couvre-feu des évènements 2002 l’a motivé à écrire son premier roman qui porte le nom du quartier où il habite. L’auteur décrit avec une habileté particulière la vie sensuelle de ce quartier qui éclaire les nuits. L’avalanche des bars de plusieurs catégories qui le peuple, les filles lascives et vénaleset qui l’animent, les hommes avides de sensations fortes qui le fréquentent, les échanges qui se font… L’auteur décrit aussi en filigrane les réalités de la crise vécue par les habitants de cette zone, en majorité expatriés surtout d’origines Française.
La lecture de cette œuvre provoque des réactions qui permettent de catégoriser les jugements :
-ceux qui pensent qu’elle heurte leur sensibilité. Ils jugent l’auteur de ‘grossier, pervers, vicieux’…
-Ceux qui jouent bien les ‘tartuffe’, jettent la pierre à cette œuvre, pourtant cachent gauchement une bonne appréciation de l’œuvre. Leur argumentation exprime des contradictions qui trahissent la pleine satisfaction que leur a apportée l’œuvre.
-Ceux qui pensent qu’ils sont ouverts d’esprit, trouvent l’œuvre très intéressante, enrichissante parceque l’auteur a abordé des thèmes d’actualité en utilisant les images et expressions appropriées « sans tabous », propre à ce quartier et son style de vie.
L’auteur nous présente 2 tableaux
Le premier est rédigé comme un journal intime de Jean Christophe Durin (personnage principal), un expatrié Français qui qui travaille pour une entreprise Française en Côte d’Ivoire. Il rencontre dans ce pays hôte, 3 personnes qui seront ses amis et réussiront son adaptation ou j’allais dire sa « tropicalisation ». Le nom de leur cercle d’amis c’est « les rats ».
Il dépose ses valises dans un hôtel de la zone 4. « Les Rats « lui font découvrir le goût hédonistede la vie Abidjanaise dans cette vie nocturne qui anime ce quartier. Il en devient un passionné, vit dans la dépendance de la concupiscence. Il décrit le menu de ses rencontres avec les filles des bars qu’il fréquente, les relations sensuelles qui se déroulent entre les filles de ces bars et ses amis « les rats ».
La lecture de cette œuvre donne l’impression au lecteur d’être un touriste et l’auteur,le guide touristique. En suivant attentivement l’auteur, nous découvrons ce quartier d’Abidjan : « Zone 4. L’auteur nous fait découvrir les secrets de ce quartier, sa culture nocturne, ses habitudes, sa philosophie, la composition de sa démographie, son « langage », ses infrastructures, son économie, son « marché sexuel »…
Dans le deuxième tableau, Christophe  disparait brutalement, son épouse rentre en possession de son ordinateur, lit son journal intime et découvre sa vie de débauche en Côte d’Ivoire. Elle exprime son mal, sa trahison, l’incompréhension des hommes dont l’infidélité leur est consubstantielle. Elle cherche à comprendre davantage la vie de son homme et sa disparition brutale, en se rapprochant de l’un des « rats » et ses amantes de la « zone4 ». C’est dans cette partie qu’on découvre le talent de l’auteur qui a réussi à se mettre dans la peau ‘d’une femme’ pour décrire la douleur viscérale de la trahison, de « l’irresponsabilité des hommes » et l’émotion qui les consument dans une situation de ce genre.
C’est dans un langage simple, plein d’humour et quelque fois avec l’usage de l’argot Ivoirien «  le nouchi » que l’auteur raconte l’histoire qui confirme sa « tropicalisation ».
« Zone 4 », une œuvre pleine de saveur qui mérite une communication intensive !

Yahn Aka