Chroniques

« DIOR LE BONHEUR VOLONTAIRE » DE MAME HULO :

Les parents ont leur logique que leur progéniture ignorent et c’est réciproque Mame Hulo est écrivaine éditrice Franco-Sénégalaise et Directrice de la maison d’édition « Diasporas Noires ». elle est très engagée dans la promotion littéraire de son pays. Tous la connaissent pour son dynamisme et ses nombreuses activités sociales, éducatives et et surtout littéraires. Une femme d’action et de cœur qui sait retrousser ses manches pour donner du bonheur à son prochain et à sa société. « Dior le bonheur volontaire » est sa première œuvre écrite il y a une quinzaine d’années qui semble être une autobiographie avec la peinture d’une grande partie faite de fiction. Dans le titre de l’œuvre il y a l’expression d’un choix de vie en raison de ce que le déterminisme ou ce que certains appellent « le destin » imposent à une personne. Une rébellion contre toute volonté humaine ou divine, contre toute résignation, au béni oui oui, au « oui fataliste », à la soumission… Une opposition musclée contre toutes conspirations, décisions « par contumace »… C’est le choix de prendre le gouvernail de sa vie avec ou sans permis de conduire et de le mener vers la destination qu’on souhaite en affrontant les monstres marins, les dangereuses intempéries, avec l’inévitable risque de naufrages périlleux. Dior est le personnage principal de cette œuvre romanesque. Née dans une famille musulmane elle reçut une éducation rigoureuse tressée dans la tradition sénégalaise et la religion musulmane. Son enfance a été marquée par l’absence de cette présence maternelle. Si plusieurs enfants de son âge pouvait voir de manière permanente leur mère, la choyer, profiter de la douceur et la tendresse de ses bras, ses câlins, ses conseils… ce ne fut pas le cas pour Dior : il fallait tout une gymnastique incompréhensive de rencontres arrangées et épisodiques pour voir sa pauvre mère qu’elle aimait de tout son cœur et souffrir constamment de ne pas l’avoir de manière permanente avec soi. Les séparations étaient pénibles, mais toutes deux n’avaient d’autres choix que d’accepter la mort dans l’âme cette situation que leur imposait la vie en raison de certains antécédents. L’auteure a réservé plusieurs pages de son livre à décrire la douleur de Dior et de sa mère de ne pouvoir pas vivre pleinement et librement la force de cet amour qui les lie. La description insistante et détaillée de ce fait avec l’usage des adjectifs qualificatifs appropriés montre l’importance que l’auteure accorde à l’amour de mère à fille et son influence sur l’équilibre moral et surtout affectif de l’enfant comme de la mère. C’était comme si vivre sans sa mère ou vivre sans sa fille était comparable à une existence avec la présence d’une écharde empoisonnée et permanente dans le cœur ; une sorte d’ablation d’un organe vital, une imputation de sa raison de vivre. L’auteure a consacré la première partie du livre dans une narration sur les réflexions profondes de Dior sur sa vie, son existence, ses relations interpersonnelles, familiales, religieuses… Aussi, les relations humaines des adultes faites souvent de méchanceté, d’intolérances religieuses, de mensonges… Un enfant qui essaie de comprendre sa vie, son environnement : une multitude de points sans interrogations. Elle vécut avec son père et ses épouses dans une atmosphère relativement acceptable pour Dior. Si l’insouciance et l’innocence de son cœur dans son « jardin d’enfance » s’est porté sur son cousin Edouard, ce n’était pas le choix de ses parents qui lui trouvèrent un richissime époux qui semble avoir l’âge de son père. La date du mariage est fixée et une avance de l’argent de la dote dépensée par les parents de Dior. La tradition et la religion dans laquelle elle a été éduquée conditionnent à une soumission devant la volonté des parents. Comment fera t-elle pour conditionner ses parents à faire accepter Edouard le choix de son cœur sans toutefois les affronter ? C’est à cette question que la deuxième partie de l’œuvre répond car Dior su faire preuve d’ingéniosité avec ses proches pour contourner le choix de son père. Quand vous achèterez cette œuvre sur le site web www.diaporas-noires.com vous serez marqué par la beauté du récit, l’imagination et le style d’écriture de Mame Hulo. Si certains jugent le thème de cette œuvre anachronique, d’autre par contre soutiennent qu’il est d’actualité car au-delà des habitudes « modernes » qui peignent maladroitement les sociétés africaines, il existe des fidèles conservateurs qui appliquent certaines traditions avec un fondamentalisme passionné. L’auteure Mame Hulo défend sa culture, sa tradition et de sa religion. Bien qu’attachée à ceux-ci, elle pense qu’ils doivent subir des ablutions pour les adapter et les dépouiller de tout ce qui est susceptible de faire du mal au genre féminin, à sa liberté, à sa soif d’épanouissement et de réalisation sociale, affective, sentimentale... Hulo soulève la problématique du bonheur du mariage fait par le choix des progénitures ou celui des parents. Si dans certaines sociétés africaines le choix revient aux parents, cela pourrait se justifier par la maturité et l’expérience de ces derniers pour leur épargner d’éventuelles souffrances inutiles liées au besoin matériel. Les parents sont aussi attachés aux valeurs, à la dignité, au symbole de la virginité de la femme avant le mariage… Par contre le choix de leur progéniture est celui du cœur qui bien souvent ne garantit ni sécurité matérielle ni maturité pour n’éviter les pièges visqueux des conséquences de la passion. Il s’en suit donc un conflit de logiques : les parents ont leur logique que les progénitures ignorent ; réciproque pour les enfants et pourtant il s’agit d’une question d’amour qui doit aussi tenir compte des questions existentialistes. Même si un autre auteur disait que : « l’amour a sa raison que la raison ignore ». Le style d’écriture de Hulo est d’une simplicité accessible à tout lecteur. L’environnement traditionnel et la culture Sénégalaise dans laquelle elle plonge l’auteur fait découvrir sa richesse culturelle et enveloppe le récit d’une beauté poétique.