Chroniques

« LE TALISMAN ECARLATE » de Guy AMOU : La soif du retour aux sources !

Guy Amou est un écrivain Canadien d’origine Togolaise très prolifique. « Le talisman écarlate » est l’un de ses romans parut aux éditions Elzévir en 2011. L’histoire commence par un léger accident de la circulation entre Adama et Matinsla une massothérapeute qui souhaite dédommager sa victime par ses services professionnels. Cette dernière est une belle créature originaire de l’Amérique du nord qui chatouille l’envie et les sens d’Adama (le personnage principal). De là naît une amitié, une familiarité qui les emmènent à aborder divers sujets jusqu’aux interrogations sur le mystère qui voile leur généalogie. Cela devient l’un des sujets principaux de leurs habituels échanges et une grande partie du récit tourne autour de ce besoin de découvrir l’énigme.
Les épreuves que connaît le couple d’Adama (son épouse dépressive en raison d’infertilité et lui qui vient de subir un licenciement), les emmènent à voyager dans plusieurs pays. Ils y vécurent des évènements particuliers et rencontrèrent certaines personnes mystérieuses qui donnent au lecteur de s’interroger sur la logique du hasard. Ces personnes qui font le quotidien d’Adama, les évènements vécus lors de ses périples et de sa vie au Canada s’harmonisent pour prendre la forme d’un géant point d’interrogation et il s’évertue à apporter des réponses. Cet extrait de texte précurseur, donne une idée de l’hommage que l’auteur rend aux peuples autochtones de l’Amérique du Nord :
…Bienvenu noble voyageur
Au pays des métaphores amères !
Ce peuple était auparavant débout.
C’était l’époque où il ignorait
Où il fut indistinctement indien.
Il somnole à présent sur des frontières
Qu’il cessera bientôt d’avoir peur de dématérialiser
Au feu sévère de son verbe reconstitué.
Rassure-toi digne héraut du crépuscule.
Nul menace ici pour ton intégrité…

Cette œuvre romanesque qui peigne sa chevelure dans le sens inverse avec un style d’écriture particulier porte dans ses effluves les gênes de la poésie. La compréhension de et ordre décroissant dans la logique du récit a sa clé dans la dernière conversation entre Adama et son père à la page 198 :
« - J’ai fait un rêve cette nuit. On m’a chargé de te suggérer de savoir marcher à reculons.

  • Savoir marcher à reculons ?
  • Oui, marcher à reculons. »

 
L’usage de la force des images et le maniement expert des figures de styles peuplent en beauté les phrases de ce récit. Contrairement aux autres livres publiées par l’auteur, cette œuvre utilise moins cette forme d’écriture. Les villes dans lesquelles se déroule le récit sont de tous les continents : Afrique, Asie, Europe, Amérique. Revient la récurrence d’une quête identitaire des personnages de toutes ces régions. Un besoin consubstantiel de répondre à ce qui suis-je non par les définitions affectives, passionnées et théoriques mais plutôt par des définitions objectives. La vie normale d’Adama, un Canadien d’origine africaine, époux d’une asiatique, lui permet de faire des rencontres de personnes qui accomplissent la logique du destin : une sorte de trame entonnoir. Il ya la récurrence de cette quête identitaire des personnages : Matinsla exprime constamment son besoin passionné et vital de connaître ses origines, l’histoire de ses ancêtres « les éveillés » les autochtones de l’Amérique du Nord. Et quand Adama part en Afrique s’en quérir de l’état de santé de sa mère biologique, ses échanges avec son père portent essentiellement sur son histoire, l’origine de son patronyme, sa généalogie, l’histoire de son peuple, de sa terre, sa culture. On découvre la passion avec laquelle l’auteur parle de la légende du Mono, cette province Togolaise dont il est originaire qui est le croisement et la source de plusieurs cultures. Quel peut être l’intérêt de la récurrence de cette quête identitaire ?. N’est-ce pas ce malaise que ressent de manière générale les immigrés de vivre dans  un pays et une culture qui n’est pas la sienne puis adopter un mutisme et un conformisme social ? devant la problématique de la définition de l’identité, l’auteur répond à travers la logique de son récit en affirmant que le sang et la terre sont la matrice de l’identité. Ce ne sont guère ces nationalités et carte de résidence obtenues. Et même quand elles assurent une certaine sécurité sociale et financière contrairement à la misère de l’Afrique, un inconfort, un manque de quiétude se creuse en soi. Une sorte d’érosion qui n’aura de trêve que dans la réalisation du « Sankofa » : le chemin du retour aux sources pour puiser des ressources. C’est ce que Jean Marie Adiaffi a exprimé dans son œuvre « la carte d’identité » à travers le personnage « Mélédouman » car pour ce défunt écrivain ivoirien, l’identité c’est le sang.    

Yahn AKA
Ecrivain –éditeur
yahn@yahnaka.com
www.yahnaka.com

 Le style d’écriture de l’auteur donne l’impression d’une dialectique entre le passé, l’avenir et le futur d’une part et un tutoiement interactif entre le monde physique et le monde spirituel d’autre part. Il revient de manière fréquente dans les thèmes de l’auteur l’expression contradictoire de l’universalité des peuples et la quête identitaire qui justifie les différences. Cette universalité s’étend jusqu’à l’unité du monde des morts et celui des vivants. Pour l’auteur, les morts vivent toujours et contribuent à l’accomplissement de la destinée des vivants. Son œuvre exprime une forte spiritualité qui est souvent balayé du revers de la main en raison de la fausse compréhension de la modernité. Devant les exigences de développement et la démission des Etats Africains, l’auteur utilise une plume satirique pour rappeler les responsabilités de tous et chacun. Il indexe également la responsabilité des grandes puissances, notamment les Etats unis dans la dégradation des valeurs morales et la stabilité des peuples. N’est-ce pas vrai que l’un des rôles de l’écrivain est de conduire l’homme à l’introspection ? L’auteur Guy Amou l’a réussi dans cette œuvre : « Le Talisman écarlate ».