Chroniques

« Affres, Hics d’Aujourd’hui » de AWABA :

Comment se porte l’Afrique d’Aujourd’hui ? L’auteure de cette œuvre est une madone qui inspire la muse des poètes à dépouiller leur imagination pour lui adresser leurs plus beaux textes. Quand vous la verrez, vous vous rappellerez certainement « champs d’ombre » de Senghor qui décrivait sa Nolivé. AWABA est d’origine Sénégalaise, ex Mannequin, et une professionnelle de la publicité. Ses nombreux périples dans plusieurs pays Africains ont permis la collecte de plusieurs souvenirs dans la besace de sa mémoire. Son contact physique avec l’environnement, les réalités des peuples qu’elle a humé de tout son souffle, lui ont inspiré des histoires et une vocation de décrire les affres et les hics de cette Afrique d’Aujourd’hui. Son œuvre est une nouvelle de 21 textes avec des titres créatifs comme le titre de l’œuvre. Cette créativité se justifie par sa formation de conceptrice- rédactrice qu’elle a pratiquée dans une grande partie de sa carrière professionnelle. Son œuvre est un thermomètre et un stéthoscope qui renseigne sur l’état de santé tout azimut des jeunes africains. Les problématiques de cette œuvre sont les suivantes : Quelles sont les difficultés et souffrances auxquelles sont exposés les jeunes africains de nos jours ? Quels sont les solutions et moyens utilisés par eux même pour les résoudre ? Quelles sont les problèmes liés à la condition de la femme aujourd’hui ? Quel est l’influence du modernisme sur les cultures et mentalités africaines ? Quelles sont l’influences des NTIC dans la recherche du bonheur des jeunes Africains ? A quelle finalité consiste l’exploitation des NTIC pour les jeunes africains ?… De manière générale, les personnages principaux de ses textes sont des jeunes et les histoires tournent autour de leurs vies avec la description d’une fidélité sans faille de leurs illusions, désillusions, leur aspiration au bonheur et les épreuves qui jalonnent leur parcours, leurs mentalités, attitudes et habitudes sur l’influence de leur culture et du vent du modernisme ; leurs vices, erreurs, manquements etc. A travers ces histoires, c’est l’Afrique estropiée qui marche avec des béquilles anémiées sur la montagne du développement. C’est l’esprit tourmenté des jeunes Africains dans la recherche de solutions aux réalités amères de leur condition dans une tonalité de foi, superstition et culture africaine. Massran, personnage principale de la nouvelle intitulée « Je veux mon blanc » montre à travers son histoire d’autres formes de transaction dans la coopération Nord-sud : les matières premières des beautés africaines extraites du sous-sol misérable de l’Afrique noire contre les besoins sexuels de certains européens. Ces derniers qui vont jusqu’à faire des propositions indécentes à ces africaines qui acceptent en faisant subir dévaluation à leur honneur et dignité pourvu qu’elles quittent l’enfer de l’Afrique. Massran comme plusieurs d’autres en Afrique répugnent la misère monotone de l’Afrique et tendent tous leurs espoirs déchus vers le salut providentiel d’un mariage avec un européen. Ses amies qui ont réussi ce mariage lui ont exhibé cette vie affriolante qui lui met l’eau à a bouche, la fait saliver et décuple son impatience de réaliser ce rêve. Massran souhaite faire comme elles a tout prix : épouser un blanc. La représentation sociale d’épouser un blanc en Afrique confère valorisation aux yeux de ses compatriotes, stabilité sociale, financière… C’est cette image qu’avait Massran et les NTIC étaient la plateforme habituelle ou s’opéraient les échanges entre l’offre et la demande. Que ne fut sa désillusion quand elle découvrit le mirage de ses rêves à travers les intentions de son « blanc ». L’auteure ne fait pas qu’exposer les « affres, hics de d’Afrique d’aujourd’hui » mais propose dans la logique de son récit des solutions. Elle encourage essentiellement les jeunes à une qualité de vie dans le travail, la vertu et la spiritualité. Son histoire intitulé « Petit ministre » l’illustre si bien lorsque les décisions que le personnage principal prend derrière cette mise en scène vont dans ce sens. « Le destin » est une expression qui ressort avec répétition dans les propos des personnages de l’auteure. Même si c’est un terme beaucoup utilisé dans certaines croyances religieuses et culturelles Africaines, il ne doit être la justification d’une résignation. La description de ce destin que fait l’auteure est souvent lacrymale. Après des efforts acharnés de certains personnages du texte pour changer leur condition sociale et acquérir une relative stabilité, après avoir acquis un relatif optimisme en l’avenir, le déterminisme vient donner une finitude tragique à leur vie. C’est le cas de l’histoire de Doudou dans le texte intitulé « Carrefour de la vie », L’histoire de Marie : « Maculé conception », « premier pas dans la vraie vie », « rester positif »… Si cette nouvelle de AWABA offre de manière synoptique une cartographie sur ses voyages, la richesse des références linguistiques locales utilisées rendent denses son style d’écriture qu’elle veut simple et accessible pour ses lecteurs. Cela a l’avantage d’une facilité de compréhension et l’avantage d’informer le lecteur sur les expressions courantes dans les langues locales de ces pays Africains cités. Cependant, ce que l’on peut reprocher à l’auteure est le manque de description de l’environnement, du paysage qui émerveille et identifie ces pays, la description des rues, des moyens de transport, des tenues traditionnelles, des mets locaux, des us et coutumes… ces éléments sont les ingrédients incontournables qui rendraient ses textes encore plus beaux et poétiques. Ces faits pourraient inspirer l’auteure à faire usage d’une abondance de figures de styles, d’images etc. Affres, Hics d’aujourd’hui est une œuvre que nous recommandons à tous.