Biblographie

Mais alors, de quoi souffre  le Poète ? De quoi souffre l’albatros ? De quel sentiment méphitique le pin des landes, le crieur du val s’est-il affublé malgré lui ? De quoi souffre l’incompris de tous et de lui-même ? De quoi pâtit-il, celui-là que l’on dit choisi par Dieu, par les dieux, pour parler à la « gueusaille aux oreilles récalcitrantes », pour reprendre les mots du Poète néo-oraliste ivoirien AzoVauguy ? Quel est donc ce mal teigneux, téméraire, qui stagne dans les viscères du Bagnon, du baobab millénaire dont la voix aphone et aphobe doit nous tirer de notre sommeil-belle-au-bois-dormant ?
Eh bien, il souffre d’être lui-même, c’est-à-dire ce qu’il ne devait pas être, « un monde enfermé dans un homme » (Victor Hugo, La légende des siècles), une voix pour porter toutes les voix… Pour avoir été béni, il est banni. Pour avoir dit l’épine de la vérité, il est traité de traître. Il est victime de son art, de sa science, de son sacerdoce. Las de tant d’imprécations, osera-t-il éteindre la fontaine de sa voix ?
Extrait de la préface de C. Marshall KISSY "le Poète de l’Espoir",30 août 2014.